Le Devoir

Author: Antoine Robitaille

Le Devoir
POLITIQUE, lundi 6 juin 2005, p. A4

Des indépendantistes vermontois dans les montagnes russes du PQ

Robitaille, Antoine

Il n’y a pas que les participants au congrès qui ont été sonnés par la démission de Bernard Landry, samedi soir. Ce fut le cas d’observateurs étrangers présents au congrès, dont deux membres d’un groupe prônant
l’indépendance du Vermont.

«Ã?a nous a ramenés sur terre», a raconté hier Thomas Naylor, fondateur de la Second Vermont Republic (SVR), avant de retourner dans l’État voisin. «Avant l’événement d’hier soir, on flottait: pour nous, c’était vraiment impressionnant et inspirant d’entendre parler ces politiciens de manière si éloquente de la création pacifique de leur pays axé sur l’inclusion, un pays
qui allait prôner une mondialisation humaine et l’énergie éolienne. Et puis, il y a eut ce vote et la démission de Landry. Quelles montagnes russes!»
Naylor, qui fait presque deux mètres et ressemble un peu à George Washington avec ses cheveux blancs, est un professeur émérite (à la retraite) de l’Université Duke.

Il dit avoir pris conscience en fin de semaine de l’énorme difficulté d’un combat pour l’indépendance: «Il y avait tant d’énergie le vendredi soir, surtout lors du discours de Gilles Duceppe. Mais pour fonder un pays, ça
prend encore plus d’énergie, semble-t-il. C’est, après tout, un acte de rébellion.»

Naylor, qui ne comprend ni parle le français, était accompagné de James Hogue, francophone et francophile, comédien spécialiste de Shakespeare qui aime bien se déguiser de temps à autre en Ethan Allen, personnage central de l’histoire de la république du Vermont, qui fut indépendante pendant 14 ans, de 1777 à 1791 (d’où le nom de Second Vermont Republic). Aux yeux de Hogue,
Bernard Landry apparaissait incarner un «mélange parfait» de pragmatisme et d’utopisme.

«Vendredi, Landry m’avait convaincu que la création d’un Québec souverain aurait un effet bénéfique sur le monde. Landry ne parlait pas de fermer les frontières, mais de les abolir comme en Europe. Il parlait de fair trade et
non seulement de free trade», dit Hogue, enthousiaste, qui a trouvé le nationalisme du PQ très ouvert – «il y avait plusieurs personnes noires qui se succédaient à la tribune» – mais trop porté sur la political correctness. «J’en avais marre d’entendre “Militant, militantes”» dit-il en éclatant de rire.

Invités

Naylor et Hogue affirment que, malgré ses difficultés, le PQ, c’est le modèle pour les indépendantistes vermontois. Ils se disent ravis d’avoir été invités à ce congrès et ont diffusé un communiqué la semaine dernière présentant ceci comme une «reconnaissance importante pour la SVR», qui en est à ses débuts, expliquent-ils. Au PQ toutefois, l’attaché de presse Joël
Simard-Ménard a précisé vendredi que «lorsque le parti invite un groupe au congrès comme observateur, cela ne signifie nullement qu’il approuve les idées de celui-ci».

La SVR compte tout au plus 200 membres actuellement. «C’est 170 de plus qu’au mois novembre», note Naylor. Il n’y a pour l’instant eu aucun sondage sur l’idée d’indépendance, si bien que Naylor et Hogue ignorent si leur option obtient un appui important dans la population. Résolument de gauche, ils estiment que l’indépendance du Vermont est une nécessité puisque
l’Amérique, «surtout celle de Bush», est devenue «trop grosse», «impériale» et non durable.

«Il faut préparer la dissolution pacifique de cet empire.» À propos de Ralph Nader, pratiquement l’unique représentant connu de la gauche américaine, Naylor dit qu’il cerne les problèmes correctement, «mais il ne voit de solutions que dans le gouvernement fédéral. Nous, on dit, small is beautiful».

Style jeffersonien

Naylor a publié un Vermont Manifesto, a rédigé une constitution du Vermont libre et a fait adopter une Déclaration de Middlebury. Il a un style jeffersonien, s’inspire notamment des positions de Jane Jacobs et connaît toute l’oeuvre de Camus. Lorsqu’on lui dit que son mouvement est très marginal, Naylor rétorque que des personnalités de taille comme George Keenan, diplomate américain très important durant la guerre froide et John
Kenneth Galbraith, se sont montrés favorables à son idée.

Il souligne aussi que la SVR a réussi à convaincre l’assemblée législative du Vermont de consacrer janvier «mois de l’indépendance», durant lequel on se rappelle de diverses façons l’époque où cet État était «libre».